Les Enfants d’Icare [Quattuor qui gratte]

samedi 25 juillet | 21h30 Concerts & spectacles

Tarifs : 8/6 euros


Les Enfants d’Icare

Les Enfants d’Icare prend le contre-pied du quatuor décoratif chic souvent employé dans le jazz, nous sommes un ‘quatuor rythmiquement autonome’, c’est un quatuor qui gratte, qui frappe, qui groove et qui improvise. Sans renier ses origines classiques et les possibilités timbrales extraordinaires développées pendant plusieurs siècles pour cet instrumentarium, nous allons chercher d’autres sonorités issues du jazz mais aussi des musiques traditionnelles voire du rock noise. 

On a connu des quêtes moins risquées : extraire le groove d’un quatuor à cordes, ensemble cardinal de la musique de chambre depuis trois siècles, fallait oser. C’est le Graal pourchassé par les Enfants d’Icare, sans crainte de s’y brûler les ailes. Boris Lamérand (violon), Antoine Delprat (violon), Olive Perrusson (alto) et Octavio Angarita (violoncelle) s’y emploient avec une érudition forgée dans des parcours jazz, rock, classique ou folk, avec une armée de références – Bartók, Messiaen, Dutilleux, Coltrane et Zappa, dans le désordre des styles que le groupe digère. Un menu où figurent aussi des accents irlandais et balkaniques, le bluegrass nord-américain et l’influence du Turtle Island Quartet ou de Dominique Pifarély. Soit un arsenal de techniques folles : en plus d’être frottées en harmonie, les cordes y sont frappées (slapping avec l’archet) et pincées (pizzicato avec les doigts), manipulées comme jamais, au point de sonner comme le n’goni malien, le cymbalum tsigane ou une cocotte de guitare funk. Du rythme ! Puis, on oublie les prouesses pour mieux s’abandonner dans Hum-Ma, un album qui déroule onze pièces instrumentales mais narratives, où sont évoquées les violences faites aux femmes, l’altération des souvenirs ou la fin du monde. En concert, le même vertige s’empare du public à l’écoute des compositions sophistiquées de Boris Lamérand, des improvisations collectives et de l’ardeur des solistes, l’ensemble contribuant à jeter un pont du baroque au jazz modal. Dans un paysage musical saturé de bavardages, les Enfants d’Icare inventent un langage qui tranche, dont les cordent vibrent en nous.

Eric DELHAYE