Petite Escale baroque #2: « Concert de musique Française au temps de Louis XIV »

Entrée 6€ (adhérents 5€)

Les heureux moments ou le mariage de la flûte douce et de la flûte allemande

Attention le concert à lieu à l’église de Trédrez

Valérie Balssa : flûte traversière baroque
Jean Pierre Nicolas : flûte à bec
Emmanuel Balssa : viole de gambe
Michèle Dévérité : clavecin

Le programme
Michel de la Barre : suite en trio en do mineur
J.Hotteterre : duo « les heureux moments », suite en sol majeur pour deux flûtes sans basse
Michel de la Barre : suite en ré mineur pour flûte allemande et basse continue
Marin Marais : suite pour viole de gambe et basse continue
Michel de la Barre : suite en trio

Au temps de Louis XIV

A la fin du XVIIe siècle, entre 1660 et 1680, la flûte traversière que l’on appelait en ce temps là flûte Allemande, pour la distinguer de la flûte douce ou flute à bec que l’on nommait flute sans aucune autre distinction, connait un essor considérable, lié aux modifications apportées à sa facture . Ces améliorations furent le résultat de l’activité de plusieurs générations de facteurs, souvent doublés de musiciens de premier plan. C’est le cas notamment des Hotteterre, véritable dynastie de facteurs-instrumentistes d’origine Normande.Un nouvel instrument, la flûte traversière baroque, fait donc son apparition dans l’orchestre de Louis XIV et séduit le roi lors des petits concerts donnés dans ses appartements.
Philibert jouait fort bien de la flûte allemande, il était camarade de Descoteau, célèbre dans l’art de jouer de cet instrument. Louis XIV se faisait un vrai plaisir d’entendre ces deux personnes exprimer des chants mélodieux sur leurs flûtes et les faisait souvent venir pour cela dans ses appartements et dans les bosquets de Versailles (mercure de France,1725).
Michel de la Barre (1675-1745) qui côtoya les plus grands musiciens de son temps : le claveciniste F.Couperin, Les frères Hotteterre, les violistes Marin Marais( 1656-1728) et Antoine Forqueray, fut regardé comme le plus excellent joueur de flûte allemande de son temps. On dit qu’il avait le talent merveilleux d’attendrir en jouant de cet instrument. Si cela est, la nature lui avait accordé un don que l’art n’atteindra jamais. On se souvient encore de l’impression qu’il faisait dans l’orchestre de l’opéra, auquel il fut longtemps attaché, et dont il eût une pension à la fin de ses jours (Fontenai : dictionnaire des artistes, 1776).
Il développa un goût particulier pour la formation en trio (deux instruments de dessus et une basse continue), qui illustrait à merveille le goût noble et fastueux du monarque et avait été initié à Versailles par Lully pour les célèbres coucher du Roi. Imitant Marin Marais qui s’était frotté en 1692 au genre, il n’est donc pas étonnant que la première œuvre de Michel de la Barre, publiée en 1694, ait été un livre de trios ( il en composera trois).
Il est le premier à avoir composé spécifiquement pour la flûte traversière et nous dit d’ailleurs, dans sa préface du premier livre des pièces pour flûte et basse continue, publiée en 1702 : ces pièces sont pour la plus grande partie d’un caractère si singulier et si différentes de l’idée qu’on a eu jusque ici, de celles qui conviennent à la flûte traversière, que j’avais résolu de ne leur faire voir le jour qu’en les exécutant moi-même.
Il s’était inspiré pour les écrire, des splendides pièces pour la viole que Marin Marais avaient éditées en 1686 et 1701, tout en confessant que son but était d’amener la musique pour flûte traversière à un niveau de perfectionnement égal à celui de la viole alors partenaire idéale de la fluste d’allemand.
Jacques Hotteterre (1674-1763)
est sans doute le plus doué de la famille. Il doit sa renommé à ses talents de flûtiste mais il est aussi excellent facteur, compositeur et pédagogue, en témoignent son art de préluder sur la flûte traversière et sur la flûte à bec(1719) et ses principes de la flûte traversière ou flûte d’allemagne, de la flûte à bec ou flute douce et du hautbois (1707) , ses pièces pour flûte traversière et basse continue mais aussi ses trio et ses pièces pour deux flûtes sans basse.
A cette période charnière, entre le XVIIe et XVIIIe siècle, la flûte à bec et la flûte traversière se côtoyaient à l’orchestre et se partageaient le répertoire, chacune avec ses particularités. Il est vrai qu’au cours du XVIIIe siècle,la flûte traversière a peu à peu gagner du terrain sur la flûte à bec qui représentait l’ancien monde, celui du XVIIe.
On a coutume de jouer les duos et les trios sur des instruments égaux ( deux violons, deux flûtes à bec, hautbois ou traversière) mais c’est un pari auquel nous tenons aujourd’hui que de les faire jouer ensemble dans ce répertoire. A l’instar de Telemann qui a réuni ces deux instruments dans quelques une de ses œuvres, dont un intrépide concerto,de Pepusch aussi qui a écrit une sonate pour deux flûte à bec et flûte traversière, nous avons voulu montrer que les timbres pouvaient se marier aisément, malgré des différences au niveau de la production du son et de sa projection, de l’articulation, de l’expressivité… L’une assouplira son jeu par des recherches de couleurs et de doigtés particuliers imitant les subtiles nuance de la flûte traversière, et cette dernière intensifiera son articulation, et accentuera son caractère tonique pour se rapprocher de celui de la flûte à bec, sans pour autant que l’une ou l’autre perde ses caractéristiques de base.

Les musiciens

Valérie Balssa, Jean Pierre Nicolas et Michèle Dévérité sont tous les trois professeurs au conservatoire départemental d’Orsay en région parisienne. Ils y enseignent leur spécialité avec passion jusqu’au niveau licence, en partenariat avec l’université de saint Quentin et le très réputé centre de musique baroque de Versailles. Emmanuel Balssa enseigne le violoncelle baroque au Conservatoire du 7ème arrondissement à Paris, la viole de gambe et le violoncelle baroque à l’ESMUC (Escola Superior de Música de Catalunya) de Barcelone et est également professeur de didactique du violoncelle baroque et de la viole de gambe au CNSMD de Paris.

Tous les quatre sont issus des plus grandes écoles d’enseignement de musique ancienne de Belgique et de Hollande où ils ont étudié avec les célèbres frères Kuijken pour la flûte et la viole de gambe, Robert Kohnen pour le clavecin, richte van den Meer pour le violoncelle.

Ils tentent aujourd’hui de transmettre à leurs élèves et auditeurs, une manière de penser et de jouer la musique, propre à cette “école du Nord”, pionnière dans le renouveau de la musique ancienne.Mais ils apportent aussi une touche bien Française, à leur articulation et accentuation musicale, ainsi que leur propre réflexion concernant l’interprétation qui se nourrie chaque jour de leurs recherches personnelles comme la lecture de traités, chroniques et méthodes des XVII et XVIIIe siècle.

Ils ont joué régulièrement, et encore aujourd’hui, au sein de prestigieux ensembles tels que les arts Florissants (William Christie), le concert spirituel (Hervé Niquet), l’ensemble baroque de Limoges (Christophe Coin), l’orchestre du XVIII (Franz Brüggen), l’armée des romantiques (Rémy cardinal), la symphonie du Marais ( Hugo Reyne), l’ensemble Matteus (J.C.Spinosi), le concert des Nations (Jordi Saval), la chapelle Rhénane (Benoit Haller), le Bach collegium Japan, l’ensemble Akademia (Françoise Lasserre)

Outre leurs activités d’enseignants et d’artistes de concert, ils ont enregistré plusieurs albums de musique de chambre avec différents partenaires,pour les maisons de disque Zig Zag Territoires,Alpha, Arion:les sonates d’Arcangelo Corelli et de Georg Friedrich Haendel pour flûte à bec et basse continue, des quatuors de Louis Gabriel Guillemain pour flûte traversière, violon, viole de gambe et basse continue, les pièce de clavecin en concert de J.P.Rameau, avec la claveciniste Blandine Ranou, de la musique Italienne pour clavier au XVIIe siècle, les sonates pour violoncelle et basse continue de Lanzetti, des sonates pour flûte traversière et basse continue de J.M.Leclair…

Pour le printemps 2016, ils préparent ensemble un nouvel enregistrement de suites de Michel de la Barre pour flûte traversière baroque et basse continue, etde suites en trio pour deux flûtes et basse continue dont ce concert donne déjà un avant goût.

Ainsi ta flûte enchanteresse,
La Barre, inspire la tendresse ;
Tout s’enflamme à ses sons vainqueurs.
L’amour même en devient plus tendr
e ;
Et ne songeant plus qu’à t’entendre,
Il te laisse
blesser les cœurs

( la flûte, ode à Michel de la Barre, Antoine Hourda de la Motte, 1707)

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