mois du documentaire #1

Entrée 4€ (une soupe est proposée par l’association Tohu-Bohu dés 19h30: 2€)

Filmer documentaire, C’est croire en la révélation du cinéma, la révélation la plus simple et la plus radicale : que le présent se transforme en présence, qu’une action devient histoire, qu’un homme devient un héros, qu’un endroit devient un lieu.

Claire Simon (Réalisatrice)

 

Parler du film documentaire c’est parler de cinéma

Si l’on consulte Le Petit Robert, on y trouve comme définition de « film documentaire » : « film didactique présentant des documents authentiques, non élaborés pour l’occasion ». Pour une partie du public, regarder un film documentaire suppose donc, en plus de la notion de réel, de par cette notion « didactique », que l’on doive fournir un effort intellectuel particulier dans le but d’accéder à un savoir, à une connaissance. Trop souvent hélas, le public conçoit mal que l’on puisse trouver aussi du plaisir à voir un film documentaire. Le film documentaire est encore, par méconnaissance, envisagé uniquement sous l’angle de son apport dans la connaissance d’un sujet. Or, si on ne doit pas nier celui-ci, il est cependant indéniable que chaque film documentaire est aussi un point de vue, subjectif. Le documentaire est une forme cinématographique qui traite de la réalité, à travers le regard et l’imaginaire d’un réalisateur.

1) Court-métrage:

« Le C.O.D. et le coquelicot » de Jeanne Paturlé et Cécile Rousset
(2013 – 24′ – France)

C’est l’histoire de cinq jeunes instits, arrivés la même année dans une des écoles les plus dures de la capitale. Une de ces écoles qu’on connaît en début de carrière, histoire de perdre son pucelage et ses illusions, une école coincée entre le périphérique et les boulevards maréchaux, « nourrie uniquement par des HLM » et à propos de laquelle une collègue rencontrée dans une animation pédagogique dira à l’un des cinq : « Alors, il y a toujours des impacts de balle dans les fenêtres ? ».

Comment exercer sa profession d’enseignant, comment travailler avec des enfants pour la plupart en grande difficulté scolaire mais aussi sociale, enfants d’immigrés ou immigrés eux-mêmes, habitants d’une cité omniprésente où les codes n’ont rien en commun avec l’école ?

Ces cinq hommes de moins de trente ans – ce n’est pas anodin – vont s’investir ensemble et faire fonctionner pendant des années une école réputée ingérable, sous le regard attentif de Cécile Rousset et Jeanne Paturle, professeur d’arts visuels et animatrice du centre de loisirs, qui décident de recueillir leurs propos, puis d’en faire un film, « Le C.O.D et le coquelicot ». Un grand petit film  réaliste, qui pose plus de questions qu’il ne donne de réponse parce qu’il dit la réalité d’un métier exercé dans des conditions extrêmes, mais pas rares. Les propos des instits frappent l’esprit, haut les cœurs, car ce ne sont pas des grincheux, des plaintifs, qui parlent ici, leur couenne est épaisse et leur témoignage prend d’autant de force.

2) Film:  

« Territoire de la liberté » de Alexander Kouznetsov
(2014, 68′, France/Russie)

Le réalisateur Akexander Kouznetsov souhaite montrer dans ce documentaire qu’il existe encore des territoires russes où la population essaye de vivre en toute liberté. Il présente la réserve naturelle des Stolbys qui réunit des groupes de grimpeurs vivant dans les montagnes sibériennes, dans des isbas (cabanes en bois) et qui tentent de lutter contre l’Etat russe. En effet, depuis le XIXème siècle, tout en haut de ces montagnes, le mot « Liberté » a été inscrit. Tous les soirs, ces personnes vont réécrire ce mot, effacé régulièrement par les autorités russes. Certains stolbystes ont été fusillés pour cela. Le cinéaste ajoute : « Au Stolbys, on rencontre des personnes qui viennent se ressourcer dans la nature, chanter des chansons, jouer de la guitare, grimper aux rochers. Qu’est ce qui peut inquiéter l’Etat chez ces gens ? »

De la liberté, plus de liberté, tout le monde en parle, tout le monde en veut, mais sait-on vraiment à quoi cela ressemble, la liberté, la vraie ? Dans notre grand monde consumériste, du haut de nos tours de béton, derrière nos petits écrans, quelle liberté croyons-nous espérer ?  Le 4 février prochain sortira le film « Territoire de la liberté » du photographe et cinéaste russe Alexander Kouznetsov, sélectionné à Visions du Réel, à Lussas, au Festival Corsica.Doc et lauréat du prix Documentaire sur Grand Écran du Festival international d’Amiens. Qualifié de « documentaire festif », le second film du réalisateur a le synopsis alléchant, la photo qui réchauffe quand il fait froid et qui rafraîchit quand il fait chaud. « Loin de la grisaille et de l’agitation de la ville existe un autre territoire. Un territoire où se mêlent fête, escalade et nature sauvage. Un territoire où se réfugier, s’aventurer, vivre ensemble. Un territoire où l’on vit, où l’on respire ce qui en Russie n’a jamais existé : la liberté. » Une terre de liberté au pays de Poutine ? Un oxymore ! Et pourtant, c’est ce petit morceau de résistance que nous laisse entrevoir ce documentaire insolite. Et alors que la défense des libertés individuelles est plus que jamais d’actualité en France, on commence à entendre aujourd’hui, ceux-là mêmes qui sont descendus dans les rues, marcher pour la liberté hier, se dire prêts à sacrifier un peu de celle-ci demain, au profit d’une plus grande sécurité. Mais quelle sécurité vaut la peine qu’un peuple accepte que son gouvernement bride ses libertés individuelles ? Quel système protégerons-nous avec de telles mesures ? Et si nous nous trompions de chemin ? Et si la liberté, était tout simplement, un risque à prendre ?

Par

Stolbyste lui-même « depuis trente ans, peut-être quarante… », Alexander Kouznetsov vit à Krasnoïarsk et a filmé ses amis et camarades d’isba, durant quatre ans. Les habituant d’abord à la présence de sa caméra, il a ensuite compilé ces moments de vie, triviaux, heureux, émouvants, pour nous offrir Territoire de la liberté, cet appel d’air de 67 minutes où l’on découvre « un autre visage de la Russie ». Une approche intime de la communauté des Stolbystes qu’il aurait été sans doute difficile de réaliser pour n’importe quel autre documentariste. « Je voulais montrer mon pays, en montrant des gens que l’on a envie de connaître. Et ce ne sont pas ces gens-là que l’on montre à la télé. C’est la proximité que j’ai avec eux, qui m’a permis de montrer un autre visage de la Russie », précise le réalisateur.

 

 


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