« El Puesto » de Aurélien Lévêque

entrée 5€, une soupe vous est proposée pour 2€ dés 20h00

« El Puesto » de Aurélien Lévêque

France, Belgique – 2011 – 1h15 min -

Sortie : 29 août 2012

Sélections et prix :
CPH:DOX, Copenhague

Thessaloniki International Film festival
Premier Doc, Le Mans – Prix du jury
Caméra des champs, Ville-sur-Yron
Prix du jury et Prix des lycéens

Image : Colin Lévêque
Son : Félix Blume
Montage : Lydie Wisshaupt-Claudel

Sortie nationale : 29 août 2012

L’Estancia Rolito, bien qu’elle s’étende sur près de 17 000 hectares, est l’une des plus petites exploitations agricoles de l’île de Terre de Feu. C’est dans ce paysage, au sud de la Patagonie argentine, que vivent et travaillent de nombreuses personnes comme Annie et Pepe, les propriétaires de cette grande ferme, leurs enfants Nunu et Popin, mais aussi Hugo le « capataz » (le contremaître) et Luis l’ « ovejero » (le berger). Leur mission : surveiller un bétail composé de près de 4000 moutons vivants en toute liberté dans ces immenses prairies. Les « puestos » (postes de garde), constitués seulement d’une cuisine et d’une pièce pour dormir permettent aux « peóns » (ouvriers agricoles) de rester près de leur troupeau. Plongé dans la solitude et la nature profonde, Marin, le « puestero » (gardien de poste) est ravitaillé une fois par semaine en vivres de première nécessité et survit de façon autonome, sans eau courante, électricité ou moyen de com munication… Un western sans coup de feu ni bagarre.

La question du rapport de l’homme à la nature n’est pas posée par les mots, par « le sujet» mais par le cinéma, par le cadre lui même. La nature prend une autre dimension quand l’homme entre dans « le champ » et pourtant rien n’a changé. Cet homme là ne fait souvent que traverser le paysage. Mais du simple fait de son apparition, le paysage se structure soudain différemment. Il devient autre chose. Il nous apparaît autrement. C’est cette géométrie variable entre l’homme et la nature, que l’on appréhende dans ce film. Il n’y a pas de mystification. Il y a un refus de tout romantisme et humanisme. C’est une réponse cinématographique à une question écologique.
Mariana OTERO

 

Une tendance radicale du cinéma documentaire exalte, depuis quelques années, des personnages solitaires, retirés de la société, qui semblent avoir tirés définitivement derrière eux l’échelle qui les reliait au monde civilisé. Ces films mettent en scène des personnages divers (vagabond, berger, artiste brut…) dans des paysages éclectiques (périphérie suburbaine ou nature immaculée), avec des intentions également variées (de la métaphore politique au dityrhambe écologiste).

Leur point de commun est de faire un usage minimal de la parole, de privilégier le rapport du personnage à son environnement, d’exalter la dimension plastique de l’art cinématographique, de suggérer l’éloignement et le dépaysement maximal avec une forme quelconque de société organisée.

Du malaise dans la civilisation ou de la nostalgie du paradis perdu qui nourrit ce cinéma, naissent des films à la séduction tantôt puissante, tantôt fragile, dont une alchimie délicate, et difficile à expliciter, détermine la réussite. S’y ajoute, aujourd’hui, une sorte d’effet de mode, fût-il microcosmique, qui ne joue pas nécessairement en leur faveur.

Il se pourrait que tout se joue, en dernier ressort, autour du personnage, de l’opportunité que lui offre le cinéaste d’exister pour lui-même, dans un système qui a tendance à le subordonner  au geste esthétique.

El Puesto, qui met en scène le gardien d’un pâturage isolé en Patagonie, fait partie de ces films qui ne laissent que peu de chances à leur personnage, dont l’impénétrabilité et le mutisme ne favorise pas l’empathie du spectateur à son égard. Reste la beauté du film, tourné en superscope 16 millimètres, son exaltation du paysage et de la nature, sa fidélité entêtée à la stricte matérialité du monde.

Par Jacques Mandelbaum, Le Monde culture

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