Cycle Dominique Marchais #2: La ligne de partage des eaux

entrée 5€

Une soupe est proposée dés 19h30 par l’association Tohu-Bohu (2€)

Cycle  Dominique Marchais:

Jeudi 14 janvier 2016 :  #1: Le temps des grâces (2009)


Jeudi 21 janvier 2016 :  #2: La ligne de partage des eaux (2013)

La Ligne de partage des eaux s’inscrit dans le périmètre du bassin versant de la Loire, de la source de la Vienne sur le plateau de Millevaches jusqu’à l’estuaire. Le bassin versant, et non pas le fleuve Loire ! C’est-à-dire le plan incliné vers la mer, la totalité de l’espace irrigué, pas seulement le trait de la rivière. C’est-à-dire les zones d’activités et les zones humides, les fossés et les autoroutes, les salles de réunions et les chantiers. Car l’eau est partout, dans les sols, dans les nappes, dans l’air, circulant, s’infiltrant, s’évaporant et partout reliant les territoires entre eux, désignant leur interdépendance, nous faisant rêver à leur solidarité. La ligne de partage des eaux n’est donc pas seulement cette ligne géographique qui sépare des bassins versants mais elle est aussi la ligne politique qui relie des individus et des groupes qui ont quelque chose en partage : de l’eau, un territoire, un paysage.

Article    de  Serge Kaganski  dans les inRocks :

Après le remarquable Le Temps des grâces, Dominique Marchais poursuit son exploration géographique, topographique, politique et poétique du territoire français. Sa “ligne de partage des eaux”, c’est d’abord la Loire, descendue ici depuis sa source jusqu’à son estuaire.

Ce film est une épopée fluviale, à rebours d’Au cœur des ténèbres/Apocalypse Now. Mais un fleuve n’est pas seulement un cours d’eau, c’est aussi un placenta qui irrigue les territoires qui le bordent dans un rayon excédant largement ses rives.

Le film de Marchais s’ouvre par une scène où un enfant tente de composer un puzzle. Le cinéaste adopte le même genre de démarche, essayant de raccorder des éléments, problématiques et intérêts disparates pour tenter
de voir s’ils font lien, s’ils finissent par former un ensemble à peu près cohérent.

Ainsi, tout se mêle, se croise, se superpose, s’entrechoque : la survie des eaux de source et de leur écosystème, le bien-être des pêcheurs, la pollution des rivières et nappes phréatiques, la question de l’emploi, l’aménagement des rives…

Dominique Marchais est parti à la rencontre de protagonistes aussi divers que des agriculteurs, des maires, des industriels, des scientifiques, des associations de pêcheurs, des riverains, filmant aussi bien des champs, des sous-bois, des ruisseaux, une centrale, des conseils intercommunaux…

Entre l’humilité du promeneur, l’œil aiguisé de l’observateur sans préjugés et les interrogations du talmudiste, Marchais brasse des questions dont les réponses entraînent d’autres questions, dans un parcours sans cesse évolutif qui se complexifie au fur et à mesure de l’avancée.

Ces questions peuvent être d’ordre politique, écologique, existentiel, parfois les trois ensemble. Comment concilier le développement de l’emploi et la protection des richesses naturelles ? Comment aménager le territoire au mieux de l’intérêt général ? Comment avancer dans la modernité sans détruire les acquis du passé ? Comment vivre ensemble ? Le film pose ces questions sans jamais donner de leçon mais toujours au plus près du vécu, du concret et du sensible.

Pas de dogmatisme idéologique non plus, même si on suppute que Marchais est en quête de la meilleure équation favorisant un développement dit durable. La vie d’un territoire et de ses habitants est un travail, une réflexion, une lutte de Sisyphe, un écheveau de choix ou de compromis quotidiennement recommencés.

Au final, La Ligne de partage des eaux ne devient pas un puzzle achevé (si ce n’est dans la beauté simple de ses plans) mais un tableau d’ensemble imparfait, plein de réussites, d’échecs, de questions en suspens, à l’image de la vie collective.

Cet inachèvement, cette labilité de sens, ce mouvement perpétuel du déplacement et de la pensée font tout le prix du cinéma ouvert sur le monde de Dominique Marchais et de ce film en particulier, genre de western d’ici et maintenant.

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