Concerning Violence de Göran Hugo Olsson

Entrée 5€

Une soupe est proposée par l’association Tohu-Bohu
dés 19h30 (2€)

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. »
Franz Fanon,
Les damnés de la terre

Au travers des textes de Fanon, Concerning Violence met en image des archives de plusieurs entretiens, retraçant ainsi l’histoire des peuples africains et de leurs luttes pour la liberté et l’indépendance. La modernité du parti pris esthétique de Concerning Violence offre au public une nouvelle analyse des mécanismes du colonialisme, permettant ainsi une autre lecture des origines des conflits actuels.

 

Critique lors de la sortie en salle le 26/11/2014

Par Mathilde Blottière

Dans son précédent documentaire, The Black Power Mixtape, Göran Hugo Olsson faisait déjà dialoguer les époques. Et parler les archives. En as du montage, il mixait des images du passé, rushes en 16 mm retraçant la lutte des Noirs pour leurs droits, et des sons du présent, commentaires contemporains de militants afro-américains. Des caves de la télé suédoise, le cinéaste ­remonte cette fois les témoignages d’une Afrique noire en pleine décolonisation : reportages auprès des guérilleros du Mozambique ou sur le front des guerres d’indépendance en Tanzanie et en Angola, entretiens avec des colons en Rhodésie…

Chacun de ces fragments (présentés comme « neuf scènes de l’auto­défense impérialiste ») restitue une facette de l’horreur coloniale, mais leur interaction donne l’impression sidérante de voir se dessiner toute une cartographie de la violence en Afrique. En choisissant de faire entendre et même lire (les mots envahissent régulièrement l’écran) des extraits des Damnés de la Terre, de Frantz Fanon, le cinéaste fait des images exhumées les illustrations parfaites et glaçantes de cet essai de référence écrit en 1960. « Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. » Scandé par Lauryn Hill, l’ex-chanteuse soul des Fugees, ce livre implacable met à nu les mécanismes psychologiques de l’impérialisme. Sous la couleur sépia de certaines scènes exotiques, colons nantis sur fond vert (un green de golf) ou bleu (un rebord de piscine), se devine une société où le mélange du Noir et du Blanc ne donne que du rouge sang. Le texte a des accents prophétiques. Comme si Fanon annonçait avec quel­ques décennies d’avance les martyrs de la cause palestinienne, les chaos irakien et afghan. — Mathilde Blottière

Damnés de la Terre, de Frantz Fanon

« La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colonial, qui a rythmé inlassablement la destruction des formes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où, décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par chacun des individus constituant le peuple colonisé. » Frantz Fanon.
Publié en 1961, à une époque où la violence coloniale se déchaîne avec la guerre d’Algérie, saisi à de nombreuses reprises lors de sa parution aux Éditions François Maspero, le livre Les Damnés de la terre, préfacé par Jean-Paul Sartre, a connu un destin exceptionnel. Il a servi — et sert encore aujourd’hui — d’inspiration et de référence à des générations de militants anticolonialistes. Son analyse du traumatisme du colonisé dans le cadre du système colonial et son projet utopique d’un tiers monde révolutionnaire porteur d’un « homme neuf » restent un grand classique du tiers-mondisme, l’œuvre capitale et le testament politique de Frantz Fanon. Dans cette nouvelle édition, la préface de Alice Cherki, psychiatre et psychanalyste, auteur du Portrait de Frantz Fanon (Seuil, 2000), et la postface de Mohammed Harbi, combattant de la première heure pour la libération de son pays et historien de l’Algérie contemporaine, auteur de Une vie debout. Mémoires politiques 1945-1962 (La Découverte, 2001), restituent l’importance contemporaine de la pensée de Frantz Fanon.

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