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Cinéma – "La section Anderson" de Pierre Schoendoerffer

Jeudi 16 mai 2019 – 20:30

Entrée 5€

Une soupe est proposée par l’association Tohu-Bohu dès 19h30 (2€50)

« La section Anderson » de  Pierre Schoendoerffer

1967– 60 ‘ – France,

La Section Anderson, 1966

En septembre 1966, mandaté par Cinq colonnes à la une, le réalisateur Pierre Schoendoerffer a rejoint la Compagnie Bravo et intégré une section de l’Armée américaine en opération au Sud Vietnam. Pendant six semaines, jour et nuit, il a filmé le quotidien des 33 hommes de cette section commandée par un jeune lieutenant noir qui lui donne son nom. Ce film a remporté l’Oscar du meilleur film documentaire en 1968. Présentation (1969) par Pierre Desgraupes en préambule au film.

- Oscar du meilleur film documentaire en 1968

Critique du site :Critique ciné club de « aVoir-aLire.com »,

L’argument : Pierre Schoendoerffer, vétéran de la guerre d’Indochine, accompagne une section de soldats américains durant les combats au Vietnam en 1966.

Notre avis : Présenté dans la grande émission Cinq colonnes à la une par Pierre Dumayet, La section Anderson a été tourné en six semaines, au plus près des combattants, et se veut un témoignage personnel sur une guerre à l’époque rarement filmée. Sans doute y a-t-il peu d’équivalents, le spectateur étant placé au milieu de ces soldats, immergé dans un quotidien fait de banalités (on lit Mandrake, on attend le courrier, on se lave) et de batailles de plus en plus âpres. En ce sens il y a bien une progression dramatique, depuis la présentation des jeunes gens (leur âge est toujours précisé) jusqu’au combat final et à l’évacuation d’un blessé. Mais dès le début, ces gros plans de visages presque enfantins, le ton est donné puisque la voix off annonce que l’un d’entre eux mourra quinze jours plus tard, et que d’autres seront atteints. Qu’on ne s’y trompe donc pas, malgré les rires ou l’ennui, le danger est bien réel et apparaît à plusieurs reprises (hélicoptère mitraillé, village hostile, Vietcong encerclés) ; Schoendoerffer, qui se demandait avant de partir s’il parviendrait à faire autre chose qu’une collection d’anecdotes, rend parfaitement ce mélange d’attente et de peur, sans doute parce qu’il avait « apprivoisé » les soldats en les filmant longuement pour qu’ils s’habituent à la caméra. De fait, elle semble oubliée par ces jeunes hommes qui risquent leur vie « en direct ».
Il y a d’indubitables partis pris de mise en scène dans La section Anderson : l’utilisation de la musique, le choix des cadrages (les mains pendant la messe, par exemple) et même le montage tendent à structurer puissamment des séquences très variées ; ainsi la permission à Bangkok, apparemment anodine, permet-elle à la fois une respiration et une démonstration (l’omniprésence de la guerre, le comportement des Américains). C’est aussi par la voix off que le film s’organise puisqu’elle nomme et donc individualise les soldats, mais aussi parce qu’elle commente et explique d’un ton neutre. Mieux même, elle annonce ce qui va se passer à la manière d’un narrateur omniscient (« l’hélicoptère va heurter un palmier et s’écraser »), donne les clés d’une fausse alerte (une femelle babouin « désespérée qui pleure son mâle disparu ») et juge (un blessé se cramponne « pathétiquement » à son chapeau). Autrement dit, Schoendoerffer ne prétend jamais à une impossible objectivité : si l’émotion n’affleure jamais dans la voix, le texte et l’image s’accordent pour la faire surgir, comme par effraction.
La section Anderson est un grand documentaire, fort de sa sobriété et de sa rigueur. Indiscutable témoignage, il pose aussi la question de la représentation de la réalité : en se tenant au plus près des soldats sans leur donner la parole, en multipliant les points de vue, en refusant l’emphase et le lyrisme, Schoendoerffer, qui avait vécu la guerre d’Indochine, rend bouleversante sa plongée dans un conflit qu’il rend tangible. Pas très étonnant que les Américains séduits lui aient décerné l’Oscar en 1968.

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