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Cinéma – "América" Que reste -t-il du rêve américain ? de Claus Drexel

Jeudi 11 octobre 2018 – 20:30

Entrée 5€

(Etats Unis, 2017, 82mn)

Une soupe est proposée par l’association Tohu-Bohu dès 19h30 (2€50)

Novembre 2016 : les États-Unis s’apprêtent à élire leur nouveau président. AMERICA est une plongée vertigineuse au cœur de l’Arizona, à la rencontre des habitants d’une petite ville traversée par la Route 66, les héritiers cabossés du rêve américain qui nous livrent leurs espoirs et leurs craintes.

 

Télérama

La critique par Pierre Murat

Le regard du documentariste s’attache aux oubliés de l’Amérique profonde qui votent Trump et s’agrippent à leur fusil comme à une bouée de sauvetage.

George est un barbu grassouillet et souriant qui pose, tout fier, avec ses « jouets », com­me il dit : une quarantaine de fusils et ­carabines, alignés contre les murs. Pas très loin, Sandy, ex-vétérante du Vietnam, perdue dans son vaste fauteuil, ­détaille les charmes d’un Ruger .22 à huit coups, qu’elle a baptisé « Beauté noire » et dont elle ne se sépare jamais…

Claus Drexel et son complice le photographe Sylvain Leser débarquent à Seligman, bourgade de quatre cent cinquante habitants au fin fond de l’Ari­zona — pas très loin, mais à l’écart, de la mythique route 66 — un mois avant les élections de 2016. « Quand cet hurlu­berlu de Donald Trump a été choisi comme candidat républicain, dit le réalisateur, j’étais tellement soufflé que j’ai voulu aller sur place voir ce qui était en train de se passer. » Sur les deux candidats (mais une rare autochtone évoque tout de même le nom de Bernie Sanders, le candidat démocrate éliminé !), les opinions divergent. Mais une haine sourde et tenace poursuit Hillary Clinton, cette « meurtrière » dénoncée en chaire par le prédicateur de l’église du Calvaire. Tous la soupçonnent de vouloir s’attaquer au droit fondamental de chaque citoyen américain : porter une arme où et quand il veut. Le droit à l’autodéfense : on y revient toujours, dans l’Amérique profonde. Avec sa voix traînante, John le barman explique : « Je suis victime d’un mauvais coup. J’appelle la police. Elle met deux heures à venir, si elle vient. Vous m’enlevez mon arme, je ne suis plus protégé. » « Que faites-vous si un mauvais coucheur se présente ? », lui demande le réalisateur. « Je le tiens en respect avec mon fusil », répond John. Et Lori la serveuse d’ajouter, dans un murmure : « et on le flingue »

Claus Drexel a l’art de créer une empathie avec les êtres qu’il rencontre. On se souvient d’Au bord du monde, en 2014, où, dans un Paris nocturne écla­tant de beauté, surgissaient des sans-abri qu’il interviewait avec tendresse, au point d’en faire des héros de cinéma : la vieille dame, notamment, qui égrenait des souvenirs peut-être imaginaires ressemblait à la créatrice de La Folle de Chaillot, de Jean Giraudoux : la comédienne Marguerite Moreno.

Les silhouettes d’America semblent, elles, sorties d’un film de Raoul Walsh ou de Howard Hawks. Les plans larges de Sylvain Leser cadrent les splendides étendues du Grand Canyon et traquent, à Seligman, les signes d’une grandeur perdue : mobile homes abandonnés, carcasses de voitures de luxe pourrissant au soleil. Le vote pour Donald Trump pourrait s’expliquer par le désir de ces laissés-pour-compte de croire, avec lui, grâce à lui, à un renouveau, une renaissance : la puissance de l’Amérique enfin retrouvée… New York est loin, avec ses contestataires mondains. Washington, tout pourri, avec ses politiciens affairistes. L’Amérique éternelle, celle des ex-pionniers et des derniers cow-boys, celle qui préférerait sûrement voir des profs armés que des élèves désarmés, est là. Fascinante et terrifiante…

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