L’Homme d’Aran de Robert Flaherty

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  • L’HOMME D’ARAN
    (73′ – 1934 – N&B)
    1er Prix du Film Documentaire – Biennale de Venise 1934

    Sujet: Sur une île de l’archipel d’Aran, au large de l’Irlande, la vie quotidienne d’une famille de pécheurs. Sur le sol rocailleux, sans cesse balayé par la tempête, on fabrique la terre cultivable : l’homme casse les pierres tandis que la femme amène les algues arrachées aux crevasses. Le fils pêche du haut des falaises. Un jour, le père, parti en mer, poursuit un requin. Il n’en vient à bout qu’après une lutte acharnée. Reparti en mer, il est pris dans une tempête. Son bateau est détruit. Il réussit toutefois à rejoindre l’île et sa famille.


  • Présentation de Robert Flaherty

    Une vocation tardive
    Petit fils d’ émigré Irlandais, Robert Flaherty est né en 1884 dans le Michigan aux Etats-Unis. A douze ans il suivait son père, directeur d’une exploitation minière dans les forêts du Canada. Après un bref séjour au collège dont il sera exclu , il dira être revenu  » à la terre magique des indiens, des forêts épaisses et des courants mystérieux ». L’ école des mines lui ouvrira toutefois une carrière de prospecteur dans le grand Nord canadien. Par les côtes du Labrador et depuis la vaste Baie d’ Hudson, il allait diriger sur six ans, à partir de 1910, cinq expéditions vers le Nord. Il avait découvert un pays et un peuple qui le fascinaient et l’attiraient. Au terme de journées épuisantes, la nuit dans la solitude des igloos, il commença à écrire les récits de ses aventures, inaugurant ses talents de conteur. Au cours de ces voyages, il emportera un jour une caméra, filmant sans se lasser. Pendant trois ans il côtoiera les Inuits, vivant comme eux, partageant les même dangers quotidiens de la lutte pour survivre. A son retour, le film brûlera par accident, en cours de montage. Flaherty n’eut pas de regret, jugeant ce premier essai trop pittoresque . Le minerai, les explorations ne l’ intéressèrent bientôt plus, mais montrer la vie des esquimaux devint sa nouvelle raison de vivre. Il décidera de revenir et de tout recommencer. La rencontre à la fin de la Guerre avec le capitaine Thierry Mallet de la Maison Révillon lui donnera les moyens de réaliser son projet. Ainsi une société Française, en concurrence avec la Compagnie de la Baie d’Hudson pour le commerce des fourrures, allait financer le film pour servir sa publicité. Le film, terminé en 1922, fut d’abord méprisé par les distributeurs, avant que la société Pathé, pleine d’appréhension, n’assume sa diffusion.
    Nanouk l’Esquimau sera le premier, et le rare film du genre à déplacer des foules. Cette fois, la vie d’un peuple lointain, n’y était pas présentée comme quelque phénomène pittoresque, lieu commun des relations de voyage qui à cette époque occupaient les écrans, mais comme un mode de vie qui avait sa propre cohérence. Les personnages étaient acteurs de leur propre vie. En filmant dans des lieux réels, avec les gens qui y vivaient, Flaherty avait ouvert la voie à une nouvelle façon d’envisager le cinéma, dont se revendiqueront les pionniers du film documentaire. Il signera trois biographies de peuples: Nanook, Moana, Man of Aran, tournés respectivement au Canada, en Polynésie et en Irlande. On les a appelées « films de l’esprit de l’homme ».

    Flaherty acquit une notoriété mondiale dès son premier film, toutefois cet immense succès le désignera, bien malgré lui, comme une valeur commerciale, que les compagnies tenteront de plier aux exigences de la production de série. Humaniste qui attendait du cinéma qu’il favorise la compréhension mutuelle des peuples, Flaherty s’opposera toujours aux pressions pour faire plus exotique. Vivant le cinéma comme une technique assez simple à maîtriser, avec l’aide des autochtones qu’il formait lui même sur le tas , Flaherty ne supportera pas l’absurdité des lourdes équipes de tournage, ni leur attitudes avec les acteurs locaux. Il refusera que l’on additionne des scènes romanesques, incompatibles avec sa vision. Ces divergences amèneront Flaherty à abandonner plusieurs tournages en cours.
    Ces positions le placèrent, dans son propre pays, sur la liste noire des producteurs. Pour travailler, il dut s’exiler plusieurs années en Europe. Après son retour aux Etats-Unis, marqué par l’essai malheureux d’une commande du Ministère de l’agriculture, il sera contraint à une longue période d’ inactivité cinématographique forcée, avant de pouvoir réaliser à la fin de sa vie, son dernier film d’auteur : Louisiana story.

    Cette destinée indépendante le priva de la réussite et de l’oeuvre plus complète qu’il aurait certainement pu développer.

    Face à l’hostilité d’Hollywood, de nombreux témoignages d’ admiration et d’amitié , dont ceux de Charlie Chaplin et de Jean Renoir, lui furent souvent d’un précieux soutien. Il est mort dans une simplicité digne, dans un petit village du Vermont en 1951, alors que le succès de son dernier film, lui ouvrait dans son propre pays de nouveaux projets.

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