« City Hall » de Frederick Wiseman (ANNULE)

Entrée 5€,  [ Une soupe est proposée par l'association Tohu-Bohu dés 19h00, 2€50 ]

« City Hall » de Frederick Wiseman, Etats-Unis, 2020, 272′

Attention le film est long, mais nous effectuerons une petite pause, détente, ravitaillement, rafraichissement, soulagement ….
Certes le film est long mais quel plaisir de le voir ensemble plutôt que seul chez soi…avec en plus un verre ou une tasse  à la main…!

Extrait : voir

Synopsis
Frederick Wiseman investit la municipalité de Boston, où le Maire démocrate Martin Walsh et ses équipes travaillent dans un esprit participatif et collaboratif avec les citoyens, à la mise en place d’une politique ambitieuse en matière de justice sociale, d’accès au logement, de lutte contre l’exclusion et d’action pour le climat.

Frederick Wiseman à propos de City Hall
J’ai réalisé CITY HALL afin de montrer en quoi un gouvernement est nécessaire à la réussite d’un mieux vivre ensemble. CITY HALL met en lumière une administration municipale offrant une grande variété de services importants et nécessaires à une grande ville américaine, dont la population illustre l’histoire et la diversité de l’Amérique. Le gouvernement de la ville de Boston est le contraire de ce que représente Trump. Cette municipalité conçoit et s’efforce d’offrir ces services d’une manière conforme à la Constitution et aux normes démocratiques.

Un art civique  à propos de « City Hall »
Antoine Guillot, Journaliste et critique de cinéma, producteur de l’émission Plan Large sur France Culture
Succédant immédiatement, dans l’ample filmographie de Frederick Wiseman, à Monrovia, Indiana (sa population très majoritairement blanche, ses églises et ses armuriers, et son conseil municipal soucieux de ne pas trop ouvrir la petite ville à des éléments étrangers), City Hall est très certainement le film le plus explicitement politique du documentariste, une véritable profession de foi en l’Amérique et sa démocratie telle que la définissait Abraham Lincoln dans son discours de Gettysburg : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », un contrepoint au cauchemar qu’est l’entreprise trumpienne de démolition de ses institutions, et une proposition, en filmant ce qu’est concrètement une politique vertueuse de service public et d’inclusion, d’un contre-modèle : « Je sais que Boston ne résoudra pas les problème des États-Unis, nuance le maire au milieu du film. Mais il suffit d’une ville. »
Et ce n’est sans doute pas innocent que Frederick Wiseman, l’homme qui, avec King Vidor, a le plus filmé l’Amérique dans sa diversité territoriale, retourne pour cela à sa ville de naissance, celle qui a vu grandir le fils d’immigrés juifs d’Europe de l’Est qu’il était, et qui y a vécu dès son plus jeune âge ce qu’était la discrimination. C’est en effet la première fois, à l’exception de Near Death en 1989 (mais de la ville, on ne voyait que l’unité de soins intensifs du Beth Israel Hospital), qu’il tourne à Boston, et on sent le bonheur communicatif qu’il a, dans les magnifiques plans extrêmement graphiques qui font office de respirations entre deux séquences, à filmer sa ville dans sa diversité architecturale : des grands buildings de verre aux petites maisons de bois, en passant par les typiques bâtiments de brique rouge. De même, c’est presque le petit garçon qu’on voit percer chez
le nonagénaire dans sa fascination manifeste pour les travaux publics, compactage des ordures, broyage des branches élaguées, marquage de la voie publique ou camions de pompier aux couleurs étincelantes et à la grande échelle spectaculaire.
City Hall appartient d’autre part, comme Canal Zone, Belfast, Maine, ou plus récemment In Jackson Heights et donc Monrovia, Indiana, à ces films territoriaux, qui résument et rassemblent presque tous les éléments de la vie institutionnelle que Wiseman a explorés et approfondis depuis plus de 50 ans. On s’y préoccupe donc, comme dans Public Housing, de loger les plus précaires ; on y briefe les policiers dans un commissariat à la Law and Order ; un vétéran du Vietnam aurait pu 3/15faire ses classes dans le camp d’entraînement de Basic Training ; les infirmières qui manifestent pour de meilleurs conditions de soins sortent tout droit de Hospital ; on négocie en conseil des écoles l’augmentation du nombre d’élèves que peut accueillir un lycée du type de celui de High School II ; le sort des sans-abris renvoie à Welfare, celui des femmes battues à Domestic Violence.
On n’en finirait pas de tisser des liens avec d’autres de ses films encore, sans jamais oublier que chez lui, l’institution est moins un sujet qu’un cadre, au sens photographique, un point de vue à partir duquel se déploie la vaste comédie humaine beckettienne qu’est son œuvre. En témoigne, une fois encore, la galerie de portraits, parfois fugaces, qui ponctue le film, et qui donne à voir l’Amérique d’aujourd’hui, dans sa diversité de physionomies comme d’origines ethniques. Ponctué par les grandes fêtes étatsuniennes (Thanksgiving, Veteran’s Day, Halloween, …), City Hall est de fait, sujet oblige, traversé sans cesse par les grands sujets politiques qui travaillent la société américaine contemporaine, dans le désordre : mariage homosexuel, légalisation du cannabis, coût
de la santé, tueries de masse, tension dans les rapports entre la police et la population,
discriminations des minorités, quelles qu’elles soient, présentes comme passées.
Mais loin d’être circonstanciel, ce que le film montre avant tout, c’est comment une pensée
politique se réalise dans ce qu’il y a de plus concret, de plus prosaïque, et donc de plus noble (et ce n’est pas pour rien que, partout dans le monde, seuls les édiles locaux ont encore la considération de leurs électeurs) : la gestion au jour le jour de la vie quotidienne de tout un chacun, et l’ambition de rendre sa ville meilleure (« Construire un meilleur Boston », est-il fièrement affiché sur les chantiers de la ville). Soit la démocratie en action, c’est-à-dire avant tout du travail collectif, du débat et du compromis, de l’engagement citoyen dans la conduite des affaires de la ville de la part de femmes et d’hommes de bonne volonté, prompts à interpeller sans ménagement l’exécutif quand il le faut. « La démocratie n’est pas automatique, rappelait cet été Barack Obama, aux obsèques du militant des droits civiques John Lewis, elle doit être nourrie. » De réunions en commissions, de consultations publiques en cérémonies, City Hall témoigne aussi, à l’image de ses administrés, de la diversité de l’exécutif qui gère la capitale du Massachusetts depuis 2013.
Et cependant, c’est la première fois, dans l’œuvre profondément chorale de Frederick Wiseman, qu’une institution s’incarne à ce point en un homme, un vrai héros de cinéma. Le maire Martin Walsh, présent dans plus du tiers des quelque 45 séquences que compte le film, aurait pu avec sa gueule d’Irlandais camper un flic de Boston au bord de la Mystic River de Clint Eastwood, voire en 4/15autre temps intégrer la troupe de Ford et jouer les tuniques bleues aux côtés de Victor McLaglen. On ne pense pas à Ford pour rien, tant, comme dans In Jackson Heights et au fond dans toute l’histoire des États-Unis, la dialectique communautés/communauté (comment faire communauté de l’ensemble des communautés qui forment le patchwork américain ?) est un des thèmes récurrents du film. Le premier édile de la ville se pose ainsi volontiers comme membre d’une communauté parmi les autres, même si elle est majoritaire à Boston : celle des Américains
Irlandais Catholiques, rappelant combien elle fut méprisée et insultée dans le passé, avant de s’organiser pour revendiquer les clefs de la ville. Mais c’est aussi en héros à la Capra qu’apparaît Martin Walsh : il pourrait être le James Stewart de Mr Smith au Sénat, pour ses talents oratoires d’homme du peuple, humble et déterminé, comme celui de La Vie est belle, qui après une descente aux enfers, prend conscience de ce qu’il peut apporter à sa ville. Et de fait, le maître mot du discours politique de Walsh, et par voie de conséquence, du film, est la résilience, ou comment prendre conscience du trauma subi pour se reconstruire sur de saines bases. Quel trauma ? Même hors champ, il est dans le film de multiples natures : l’élection de Trump bien sûr, et son attaque implacable contre tous les acquis de 50 ans de lutte pour les droits civiques (exemplifiée dans le film par le détricotage des lois contre la discrimination au logement) ou contre les immigrants illégaux (Walsh rappelle fièrement qu’il a fait pour eux de Boston une ville-sanctuaire) ; le dérèglement climatique, et la crainte qu’un ouragan type Katrina ne frappe Boston, ville océane ; les guerres d’Irak et d’Afghanistan, dont les syndromes de stress post-traumatique renvoient explicitement dans le film à ceux de la guerre du Vietnam et de la
Deuxième Guerre Mondiale ; et enfin, les attentats du Marathon de Boston en 2013, dont le fantôme hante la parade des Red Sox célébrant leur neuvième victoire en World Series.
Or la résilience, Martin Walsh sait dans sa chair ce que c’est : il a survécu aussi bien au cancer de son enfance qu’à l’alcoolisme, et il est clair que ces deux expériences sont fondatrices de sa pensée et de son action politiques. D’autant plus clair que Martin Walsh le raconte à longueur de réunions et d’apparitions publiques. C’est d’ailleurs, après la communauté et la résilience, le troisième grand thème du film : comment faire récit ? Comme si les 23 ans de participation de Walsh aux réunions des Alcooliques Anonymes lui avaient appris l’importance, la nécessité de se raconter, de mettre en histoire son parcours et son action. C’est le storytelling à son meilleur : non pas une opération de communication visant à travestir par des faits douteux par une fable trompeuse, mais un récit pour expliquer et convaincre. « Nous ne savons pas raconter ce que nous faisons », dit Walsh dans 5/15 la première séquence. « Comment célébrer ce qui nous unit ? Que pouvons-nous faire pour exprimer et affirmer que la diversité nous rend plus fort ? », s’interroge-t-on encore au mitan du film.

La réponse est là, sous nos yeux : laisser Frederick Wiseman filmer à loisir, et, par son talent du montage comme art de la condensation, en ces courtes 4h30, défendre et illustrer une certaine idée de l’Amérique. Ce qu’on appellera, pour reprendre l’expression utilisée dans une réunion sur le recours à l’art public pour exposer et raconter la crise des opioïdes : un art civique. Ou comment Martin W. et Frederick W. partagent le même objectif : « Enseigner aux gens ce qu’est gouverner. »

Les Municipalités aux États-Unis
Aux États-Unis, une municipalité est une division administrative locale, plus communément appelée ville ou cité, administrée par un gouvernement propre. Il existe une grande diversité quant aux types de municipalité, à leurs modalités de création, leurs compétences, ou à leur mode de gouvernance. La municipalité influe le plus souvent dans les domaines du développement économique, de la culture, de la sécurité publique, des travaux publics et de la santé publique. Elle peut également contrôler le système éducatif ou les services sociaux locaux.
D’après le Bureau de recensement des États-Unis, il y a environ 19 500 municipalités à travers le pays. À Boston, le Maire est élu pour 4 ans. L’actuel Maire Martin J. Walsh (démocrate) fut élu en 2013 et réélu le 7 novembre 2017.
Le fait que Boston fasse partie des villes mettant en place un système de « Maire fort » mais aussi le « Home Rule » (auto-gouvernance) permet à ce dernier de disposer d’une véritable autonomie, de bénéficier de prérogatives plus importantes et d’un droit de veto. La municipalité est libre d’adopter des lois pour se gouverner comme elle le souhaite, dans le respect de la constitution fédérale et de celle de l’État.
En effet, le système Maire-conseil est le plus répandu dans les grandes villes états-uniennes, comme à Boston, octroyant au Maire le pouvoir exécutif et au conseil le législatif, tous deux élus séparément. Ce Conseil législatif approuve le budget de la ville, et peut aussi modifier ou rejeter des propositions législatives.
Ce système Maire-conseil se divise en 2 types : Maires «forts» ou «faibles». Le terme n’est pas un jugement d’efficacité, mais distingue plutôt le degré de pouvoir politique et d’autorité administrative attribués au Maire dans la charte municipale.
•Soit le Maire est « fort » (comme à Boston) et dispose d’une autorité administrative quasi-totale, d’un droit de veto et du pouvoir de nommer et de révoquer les chefs de département sans l’approbation du conseil législatif. Ce Maire-fort prépare aussi le budget de la ville, qui doit généralement être approuvé par le conseil législatif.
•Soit le Maire est « faible » et n’aura pas véritablement le pouvoir d’agir en dehors du
conseil législatif.
Le Boston Police Department, qui compte environ 2 015 officiers de police et 808 civils, est le plus ancien département de police des États-Unis. Son commissaire, le chef exécutif du département, est nommé par le Maire de Boston et fait donc partie de son cabinet.
De plus, les conseils de quartier (Neighborhood Council) prônent la participation citoyenne à l’échelle locale, permettant ainsi d’établir un dialogue entre les citoyens et l’équipe municipale. Ces conseils participent ainsi directement aux projets du quartier (espace public, sécurité, transport…), sans avoir pour autant un pouvoir législatif.
En France, les conseils de quartier sont obligatoires dans les communes de plus de 80 000
habitants. Le conseil municipal en décide la composition et circonscrit son fonctionnement et ses compétences. Concurrents des comités de quartier (plus indépendants, à l’instar des conseils de quartier américains), ces conseils de quartier remontent des propositions à la mairie.
Benjamin Barber a écrit dans son livre Et si les maires gouvernaient le monde ? : Décadence des États, grandeur des villes (édition Rue de l’échiquier) : « Les Cités partagent entre elles une confiance civique, une participation, l’indifférence aux frontières, la souveraineté et un penchant démocratique pour la mise en réseau, la créativité, l’innovation et la coopération ». Les gouvernements municipaux ont un plus grand impact sur la vie quotidienne des citoyens que ne l’ont les États ou le gouvernement fédéral. Et réciproquement, les citoyens peuvent avoir plus d’influence au niveau local qu’ils n’en ont au niveau des États ou au niveau fédéral.

Focus sur la ville de Boston
➢Capitale de l’État du Massachusetts
➢Boston a été fondée en 1630
➢La superficie de la ville est de 230 km² – 124 km² de terre et 106 km² d’eau
➢Boston est la ville la plus peuplée du Massachusetts
➢710 195 habitants (recensement 2020)
➢La ville de Boston emploie 18 000 personnes
➢11ème agglomération la plus peuplée des États-Unis
➢19 millions de visiteurs par an en moyenne
➢35 collèges et universités – 152 000 étudiants
➢Le plus grand groupe ethnique de la cité sont les irlandais (15,8%), suivis des italiens (8,3%) et des
asiatiques (9,6%)
➢23 quartiers
➢Membre du C40 – Cities Climate Leadership Group, une organisation qui vise à lutter contre le dérèglement climatique. De 2016 à 2019, Anne Hidalgo, Maire de Paris, en fut la présidente.
Répartition de la population par ethnie à Boston en 2020 :
Blancs : 52,6 %
Noirs ou afro-américains: 25.3%
Asiatiques : 9.6%
Autres : 7 %
Métisses : 5,10%
Amérindiens ou autochtones : 0,4%
Répartition de la population par ethnie aux États-Unis en 2020 :
Blancs : 60,4 %
Noirs ou afro-américains : 13,6 %
Hispaniques et Latino-Américains : 18,5 %

Portrait du maire Martin J. Walsh
Martin Joseph Walsh, né à Boston le 10 avril 1967, est un homme politique américain membre du Parti démocrate.
Martin J. Walsh naît à Boston et grandit dans une famille de la classe ouvrière catholique Irlando-Américaine résidant dans le quartier de Dorchester. Il est âgé de sept ans lorsque les médecins diagnostiquent une forme rare de cancer, le lymphome de Burkitt. Il survit après plusieurs années d’un traitement médical qui perturbe sa scolarité. Il obtient finalement un diplôme en sciences sociales du Boston College. À 21 ans, il rejoint le syndicat Laborers Local 223, dont son père est adhérent, et en devient président. Il préside également le Boston Building Trades. Entre 1997 et 2014, il est membre de la Chambre des représentants du Massachusetts. Il préside le comité d’éthique de la Chambre. Martin J. Walsh se présente aux élections municipales, soutenu par plusieurs organisations syndicales. Après le premier tour, il reçoit l’appui de trois candidats Afro-Américains. En novembre 2013, il devance un autre candidat démocrate, le conseiller municipal John R. Connolly, et est élu maire de Boston avec 51,5 % des suffrages. Il entre en fonction le 6 janvier 2014. Le Maire Walsh succède à Thomas Menino, en poste depuis 1993, qui a renoncé à se représenter.

Biographie de  Frederick Wiseman
Cineaste americain ne le 1er janvier 1930 à Boston, Frederick Wiseman est diplôme en droit en 1954 à la Yale Law School.
Wiseman affirme des son premier film documentaire, Titicut Follies en 1967, ses principes de base : l’absence d’interviews, de commentaire off et de musiques additionnelles. Le montage, qu’il effectue lui-même, est une étape importante du processus de création de ses films et dure en general 12 mois.
Il a réalise 43 films documentaires qui composent un portrait mosaïque de la société
contemporaine, des États-Unis, de la France et de leurs institutions. Une véritable conscience du politique traverse cette œuvre essentielle que l’on peut sans aucun doute considérer comme « un seul et très long film qui durerait plus de 100 heures ».
Frederick Wiseman a également dirige un film de fiction The Last Letter en 2002 et travaille pour le théâtre. À Paris, il a mis en scène The Belle of Amherst, pièce de William Luce sur la vie d’Emily Dickinson et deux pièces à la Comédie Francaise : Oh les beaux jours de Samuel Beckett et La derniere lettre, d’après un chapitre du roman de Vassili Grossman, Vie et destin.
Frederick Wiseman a obtenu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles figurent quatre Emmys, un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière au festival de Venise en 2014, ainsi qu’en 2016, un oscar d’honneur de la part du Conseil des gouverneurs de l’academie des arts et des sciences du cinema americain.
Des 1971 afin de se garantir une independance de creation, il cree sa propre societe de production et de distribution Zipporah Films

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